
L’action ASML a plongé de 8,4 % ce lundi 27 juillet, à 1 429,80 euros, sa pire séance depuis début juin. Le déclencheur : selon The Information, une entreprise chinoise soutenue par l’État, Shanghai Yuliangsheng (liée à Huawei et au groupe SiCarrier), a lancé la production en série de ses premières machines de lithographie DUV immersion, l’un des outils longtemps dominés par le néerlandais. Les premières livraisons sont attendues cette année chez SMIC, Hua Hong et CXMT.
L’impact portefeuille
- Éligible PEA, cotée à Amsterdam. Après cette chute, ASML reste sur une performance annuelle largement positive : la séance efface une partie de l’avance, elle ne l’anéantit pas.
- Le marché a vendu un symbole, pas un effondrement. La violence de la baisse (-8 %) tranche avec la modestie industrielle de l’annonce : la Chine vise environ 5 machines en 2026 et 20 en 2027. ASML en livre environ 130 par an dans cette seule catégorie. L’écart de volume dit tout : ce n’est pas une bascule, c’est une première.
- L’ensemble du secteur a trinqué. Applied Materials, Lam Research et KLA ont reculé de 5 à 7 % dans la foulée, signe que le marché price une inquiétude sectorielle de long terme, pas un problème propre à ASML.
- Contexte : l’exposition chinoise fond déjà. La Chine est passée de 19 % des ventes d’ASML au premier trimestre à 14 % au deuxième. Le marché chinois se referme sous l’effet des restrictions américaines, avant même de développer ses propres machines.
L’angle physique/souveraineté
Voici la distinction que la panique boursière a écrasée, et qui change tout : DUV n’est pas EUV. Les machines chinoises sont des DUV immersion, la génération précédente, celle qui grave le 28 nanomètres en simple passe. Le joyau d’ASML, la lithographie EUV extrême ultraviolet qui grave les puces d’IA les plus avancées, reste un monopole absolu et intact. Aucune entreprise chinoise n’en est même proche, et les experts situent une concurrence EUV crédible à 2030 au plus tôt.
Ce que la Chine vient de faire, c’est reproduire une technologie qu’ASML maîtrise depuis vingt ans, en petits volumes et avec des performances inférieures. C’est réel, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas la chute du monopole. C’est le début d’un grignotage par le bas de gamme, pas une attaque du sommet.
Reste que le signal est important pour la thèse de souveraineté. Il illustre la loi de fer des monopoles technologiques : rien n’est éternel, et un adversaire déterminé, subventionné par un État, finit toujours par combler une partie de l’écart. Pour l’Europe, la leçon est double. D’un côté, ASML garde une avance considérable sur le cœur stratégique. De l’autre, la Chine démontre qu’avec assez de volonté politique et d’argent public, on peut répliquer l’irréplicable. C’est exactement la stratégie que l’Europe devrait méditer pour ses propres dépendances. Le monopole n’est pas mort. Mais le compte à rebours, lui, est bien lancé.
Perspectives
L’histoire de fond d’ASML reste intacte : guidance 2026 relevée à 43-45 milliards d’euros, carnet EUV rempli jusqu’en 2028, capacités augmentées de 30 % pour absorber la demande d’IA. La percée chinoise sur le DUV est un risque de long terme à surveiller, pas un choc de court terme sur les résultats. Le vrai enjeu se jouera sur la vitesse : si Yuliangsheng passe de 20 machines par an à des centaines, avec des rendements corrects, la donne changera. Ce jour n’est pas pour demain. D’ici là, la question pour l’investisseur n’est pas de savoir si le monopole tient, il tient, mais de savoir combien de temps le marché acceptera de payer ASML au prix de la perfection alors que la première fissure, même minuscule, est désormais visible.
