
Tous les comparatifs vous aident à gratter 2 € par ordre. Sur trente ans de versements mensuels, ce combat vous rapporte 3 661 €.
Pendant ce temps, 0,5 % de frais annuels que personne ne regarde vous coûtent 54 011 €.
Le second combat rapporte quinze fois plus que le premier. Et c’est celui que tous les guides ignorent. Voici où sont vraiment vos frais, ce qu’ils vous coûtent en euros, et comment les éliminer.
Les deux familles de frais
Tout se joue sur une distinction que personne ne pose clairement.
Les frais par opération. Vous les payez à chaque ordre : frais de courtage, frais de change. Ils sont visibles, affichés dans une grille tarifaire. Ce sont eux que les comparatifs comparent.
Les frais annuels. Prélevés chaque année sur la totalité de votre portefeuille : frais de garde, frais de gestion du fonds (TER). Ils sont discrets, souvent exprimés en pourcentages ridicules 0,3 %, 0,5 %. Et ce sont eux qui vous ruinent.
La différence est structurelle. Un frais par ordre est fixe : 2 € restent 2 €, que votre portefeuille vaille 1 000 € ou 500 000 €. Un frais annuel est proportionnel : il grossit avec votre patrimoine, année après année, et ronge l’effet des intérêts composés.
Les frais par opération : le combat des 2 €
Commençons par ce que tout le monde regarde.
Sur un versement mensuel pendant 30 ans, vous passez 360 ordres. Voici ce que chaque niveau de frais vous coûte réellement, en incluant le manque à gagner (cet argent aurait pu être investi) :
Les frais par ordre — 360 ordres sur 30 ans
| Frais par ordre | Total payé | Manque à gagner |
|---|---|---|
| 1 € | 360 € | 1 831 € |
| 2,50 € | 900 € | 4 577 € |
| 5 € | 1 800 € | 9 154 € |
| 9,90 € | 3 564 € | 18 124 € |
Hypothèses : 360 ordres, rendement 9 %/an.
La bonne nouvelle : c’est facile à régler. Les courtiers en ligne facturent aujourd’hui entre 0,99 € et 2,50 € par ordre sur Euronext, contre 5 à 10 € dans une banque traditionnelle. Certains proposent même des plans d’investissement programmés gratuits.
Et sur un PEA, la loi vous protège. Les frais de courtage y sont plafonnés à 0,5 % du montant de l’ordre. Les frais d’ouverture (10 € max), de transfert (150 € max) et de garde (0,4 % max) sont eux aussi encadrés. Nous détaillons ces plafonds dans notre guide du PEA.
Les frais de change. Si vous achetez des titres en devises étrangères, une commission s’applique à la conversion entre 0,05 % et 0,25 % selon les courtiers. Sur des versements réguliers en dollars, cela s’accumule. Certains courtiers permettent d’ouvrir un compte en devise pour ne payer la conversion qu’une seule fois. Et il reste un coût par ordre que aucune grille tarifaire n’affiche : le spread, l’écart entre prix d’achat et de vente. Nous lui consacrons un guide : le spread des ETF.
Les frais d’inactivité. Quelques courtiers facturent une pénalité si vous ne passez aucun ordre dans le mois. Absurde pour un investisseur long terme. Vérifiez ce point avant d’ouvrir.
Les frais annuels : le combat que personne ne mène
Passons à l’essentiel. Voici ce qu’un simple pourcentage annuel coûte sur un versement de 300 €/mois pendant 30 ans, à 9 % de rendement brut.
Ce qu’un pourcentage annuel coûte sur 30 ans
| Frais annuels | Capital final | Perte sèche |
|---|---|---|
| 0 % — aucun frais | 549 223 € | — |
| 0,10 % | 537 913 € | 11 310 € |
| 0,30 % | 516 066 € | 33 157 € |
| 0,50 % | 495 212 € | 54 011 € |
| 1,00 % | 447 108 € | 102 115 € |
| 1,50 % | 404 234 € | 144 989 € |
Un pourcentage n’est jamais petit quand il s’applique chaque année à un capital qui grossit.
Les frais de garde : le poison des banques traditionnelles
Les grandes banques de réseau prélèvent des droits de garde une commission annuelle sur la valeur de votre portefeuille, souvent autour de 0,3 %.
Sur notre scénario, cette ligne discrète vous coûte 33 157 €. Pour un service qui consiste, en substance, à ne rien faire.
Les courtiers en ligne ne facturent aucun frais de garde. C’est la première économie à faire, et elle est gratuite.
Le TER : le frais que tous les comparatifs oublient
C’est le grand angle mort. Les comparatifs de courtiers vous parlent des frais du courtier. Ils ne disent jamais un mot des frais du produit que vous achetez.
Chaque fonds ou ETF prélève des frais de gestion annuels (le TER, ou Total Expense Ratio). Ils ne sont pas facturés séparément : ils sont déduits directement de la performance du fonds. Vous ne les voyez jamais passer sur votre relevé.
Le TER : le frais que les comparatifs oublient
| Support | TER | Capital final | Écart |
|---|---|---|---|
| ETF indiciel large | 0,20 % | 526 863 € | — |
| Fonds bancaire actif | 0,75 % | 470 466 € | −56 397 € |
À noter : sur les ETF à réplication synthétique, il existe un coût supplémentaire, absent de toute ligne de frais. Nous l’avons documenté dans notre enquête : le coût caché des ETF S&P 500 en PEA.
Le calcul qui remet tout à sa place
Mettons les deux combats face à face, sur le même scénario : 300 €/mois pendant 30 ans.
Quel combat mener ? (300 €/mois, 30 ans)
| Le combat | Ce que vous gagnez |
|---|---|
| Gratter 2 € sur chaque ordre 360 ordres sur 30 ans | 3 661 € |
| Éviter 0,5 % de frais annuels frais de garde + TER | 54 011 € |
Tous les comparatifs vous font passer une heure à choisir entre un courtier à 1,99 € et un autre à 2,50 € l’ordre. Pendant ce temps, personne ne vous dit de regarder le TER de votre fonds là où se jouent des dizaines de milliers d’euros.
Ce n’est pas que les frais de courtage sont sans importance. C’est qu’ils sont le petit combat.
Votre plan d’action en 3 étapes
Étape 1 : Fuyez les frais annuels avant tout. Vérifiez, dans cet ordre : les frais de garde de votre courtier (ils doivent être à zéro) et le TER de vos fonds (visez sous 0,30 % sur un ETF indiciel large). C’est là que se joue 90 % de votre performance nette.
Étape 2 : Choisissez un courtier en ligne, pas une banque. Frais de garde nuls, courtage entre 1 € et 2,50 €, aucun frais d’inactivité. Sur un PEA, rappelez-vous que la loi plafonne déjà les principaux frais mais le courtage reste libre entre les acteurs.
Étape 3 : Vérifiez la grille avant d’ouvrir, pas après. Frais d’inactivité, frais de change, frais de retrait : ces lignes se cachent en bas des conditions tarifaires. Elles sont indolores à l’unité, ruineuses sur trente ans.
Le vrai secret des frais tient en une phrase : ce n’est pas ce que vous payez à chaque ordre qui compte, c’est ce qu’on vous prélève chaque année.
