
La réponse courte. Le PEA gagne pour investir en actions et ETF sur le long terme : après 5 ans, vos gains échappent à l’impôt sur le revenu (18,6 % de prélèvements sociaux seulement, contre 31,4 % en CTO). Le CTO prend le relais au-delà du plafond de 150 000 €, ou pour les actifs qu’un PEA n’accepte pas (obligations, actions hors Europe en direct, produits dérivés).
Mais tous les guides s’arrêtent à ces deux pourcentages, sans jamais montrer ce qu’ils valent en euros. Nous l’avons calculé : 56 477 € sur trente ans. Et surtout, nous allons montrer pourquoi la question « PEA ou CTO » est mal posée et dans quel cas, contre toute attente, le CTO peut l’emporter.
Le comparatif en un coup d’œil
PEA et compte-titres : les différences qui comptent
| Critère | PEA | Compte-titres |
|---|---|---|
| Fiscalité des gains | 18,6 % après 5 ans | 31,4 % (PFU) |
| Plafond de versement | 150 000 € | Aucun |
| Univers d’investissement | Actions européennes | Mondial |
| Obligations, dérivés, actions US | ❌ | 🟢 |
| Retrait avant 5 ans | Clôture du plan | Libre |
| Nombre par personne | 1 seul | Illimité |
Ce que la fiscalité coûte vraiment (en euros)
Les pourcentages ne parlent à personne. Traduisons.
Scénario : 300 € versés chaque mois pendant 30 ans, à 9 % par an la performance historique du CAC 40 dividendes réinvestis.
300 €/mois pendant 30 ans à 9 % — l’écart en euros
| Compte-titres | PEA (après 5 ans) | |
|---|---|---|
| Total versé | 108 000 € | 108 000 € |
| Capital brut à 30 ans | 549 223 € | 549 223 € |
| Gains | 441 223 € | 441 223 € |
| Impôt sur le revenu | 12,8 % | 0 % — exonéré |
| Prélèvements sociaux | 18,6 % | 18,6 % |
| Impôt payé | 138 544 € | 82 067 € |
| Capital net | 410 679 € | 467 156 € |
Retenez d’où vient l’avantage : ce ne sont pas les prélèvements sociaux (18,6 % dans les deux cas), c’est l’impôt sur le revenu qui disparaît. Le PEA n’est pas exonéré de tout il est exonéré d’IR.
La question est mal posée
Tous les guides écrivent « PEA ou CTO ». C’est une fausse alternative.
Les deux sont parfaitement cumulables. Rien ne vous empêche d’avoir un PEA et un compte-titres en même temps, chez le même courtier ou chez deux différents. La vraie question n’est donc pas lequel choisir, mais dans quel ordre les remplir.
La règle d’or : le PEA d’abord
Tant que vous investissez en actions ou ETF européens ou en ETF synthétiques éligibles PEA remplissez le PEA en priorité. Chaque euro qui y entre bénéficie de 12,8 points de fiscalité en moins. Il n’y a aucune raison de payer plus cher pour le même actif.
Le CTO prend le relais dans trois cas
Cas 1 : le plafond est atteint. Le PEA plafonne à 150 000 € de versements (300 000 € pour un couple). Au-delà, le CTO est la seule porte de sortie.
Ce plafond arrive plus ou moins vite selon votre capacité d’investissement :
En combien de temps atteint-on les 150 000 € ?
| Versement mensuel | Plafond PEA atteint en |
|---|---|
| 300 €/mois | 42 ans |
| 500 €/mois | 25 ans |
| 1 000 €/mois | 12,5 ans |
| 2 000 €/mois | 6 ans |
Cas 2 : l’actif n’est pas éligible. Obligations, actions américaines en direct, matières premières, produits dérivés, SCPI : rien de tout cela n’entre dans un PEA. Le CTO est obligatoire.
Cas 3 : vous avez besoin de liquidité avant 5 ans. Un retrait sur un PEA de moins de 5 ans le clôture définitivement. Le CTO, lui, reste libre : vous entrez et sortez quand vous voulez.
Le cas où le CTO gagne (que personne n’envisage)
Voici ce qu’aucun comparatif n’ose écrire.
Le PEA n’accepte pas les actions américaines en direct. Pour s’exposer au S&P 500 ou au MSCI World depuis un PEA, il faut passer par des ETF synthétiques : le fonds détient un panier d’actions européennes et échange sa performance contre celle de l’indice visé, via un contrat de swap.
Cette tuyauterie a un coût. Nos mesures montrent que les ETF S&P 500 éligibles PEA sous-performent leurs équivalents classiques d’environ 0,3 point par an un écart qui n’apparaît sur aucune ligne de frais. Nous l’avons documenté en détail dans notre analyse : investir en S&P 500 dans son PEA.
Que devient l’avantage fiscal du PEA si l’ETF qu’il héberge est structurellement moins performant ?
Quand la sous-performance de l’ETF PEA renverse le verdict
| Handicap ETF PEA | Net PEA | Net CTO | Gagnant |
|---|---|---|---|
| 0 pt — ETF Europe physique | 384 034 € | 340 628 € | 🟢 PEA +43 406 € |
| 0,3 pt — synthétique observé | 362 616 € | 340 628 € | 🟢 PEA +21 988 € |
| 0,6 pt — seuil de bascule | 342 621 € | 340 628 € | ⚠️ PEA +1 993 € |
| 0,8 pt | 330 033 € | 340 628 € | 🔴 CTO +10 595 € |
| 1,0 pt | 318 005 € | 340 628 € | 🔴 CTO +22 623 € |
Le seuil de bascule se situe autour de 0,6 point. Au-delà, le compte-titres devient plus rentable que le PEA, malgré une fiscalité presque deux fois plus lourde.
Ce que ça signifie concrètement. Pour investir en actions et ETF européens en réplication physique, le PEA gagne haut la main aucun handicap, avantage fiscal plein. Mais pour s’exposer aux marchés américains ou mondiaux, l’écart se resserre sérieusement : le coût du swap grignote près de la moitié de l’avantage fiscal.
Le PEA reste gagnant aujourd’hui (0,3 point d’écart observé). Mais la marge n’est pas infinie, et l’idée reçue selon laquelle « le PEA bat toujours le CTO » mérite d’être nuancée.
Le barème progressif : à partir de quel taux ?
Sur un compte-titres, le PFU de 31,4 % s’applique par défaut. Mais vous pouvez opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu.
Est-ce intéressant ? Cela dépend uniquement de votre taux marginal d’imposition (TMI).
Barème progressif ou PFU : à partir de quel TMI ?
| Votre TMI | Taux effectif au barème | Verdict |
|---|---|---|
| 0 % — non imposable | 18,6 % | 🟢 Barème |
| 11 % | 28,9 % | 🟢 Barème |
| 30 % | 46,6 % | 🔴 PFU |
| 41 % | 56,8 % | 🔴 PFU |
| 45 % | 60,5 % | 🔴 PFU |
La règle simple : le barème progressif n’est intéressant que si votre TMI est de 0 % ou 11 %. Au-delà, le PFU est plus avantageux. Attention : cette option est globale et s’applique à l’ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers de l’année.
Votre plan d’action en 3 étapes
Étape 1 : Ouvrez le PEA en premier, même vide. Le compteur fiscal des 5 ans démarre au premier versement. Un PEA ouvert aujourd’hui avec 10 € vous ouvre l’exonération d’IR bien plus tôt qu’un PEA ouvert dans trois ans. C’est gratuit et c’est irréversible. Notre guide complet : tout comprendre au PEA.
Étape 2 : Remplissez le PEA avant le CTO. Pour tout ce qui est actions et ETF européens, il n’y a aucun débat : 12,8 points de fiscalité en moins pour le même actif. Automatisez vos versements via la méthode du DCA.
Étape 3 : Ouvrez un CTO quand vous en avez besoin, pas avant. Plafond PEA atteint, actif non éligible, ou besoin de liquidité à court terme. Le CTO est un complément, pas un concurrent.
Le débat « PEA ou CTO » n’a pas lieu d’être. La bonne réponse est PEA d’abord, CTO ensuite et pour la plupart des épargnants, le CTO n’arrivera jamais.
