
Un ETF physique achète réellement les actions de son indice. Un ETF synthétique n’en détient aucune : il possède un panier d’actions sans rapport, et échange sa performance contre celle de l’indice, via un contrat avec une banque.
Tous les guides s’arrêtent là, en concluant que « les deux se valent ». Un lecteur de Finance Héros a posé LA bonne question : « un ETF synthétique aura-t-il la même performance qu’un ETF physique ? ». La réponse qu’il a reçue : « théoriquement oui ».
Nous avons mesuré. La réponse est non : les ETF synthétiques éligibles PEA sous-performent leurs équivalents classiques d’environ 0,3 point par an un coût qui n’apparaît sur aucune grille de frais. Voici l’enquête.
Comment fonctionne un ETF synthétique
Le mécanisme, en trois temps :
- Le fonds achète un panier d’actions. Pas celles de l’indice qu’il promet de suivre un panier différent, choisi pour respecter une contrainte réglementaire (par exemple, être investi à 75 % en actions européennes pour rester éligible au PEA).
- Il signe un contrat d’échange (swap) avec une banque d’investissement, encadré par la réglementation UCITS.
- Les performances sont troquées. Le fonds reverse la performance de son panier ; la banque lui verse celle de l’indice visé.
Conséquence. Si vous détenez un ETF S&P 500 synthétique, vous ne possédez aucune action Apple, Microsoft ou Nvidia. Vous possédez un panier d’actions européennes et une promesse contractuelle.
C’est légal, encadré, et parfaitement transparent pour qui lit les documents. Le problème, c’est que personne ne les lit.
Le piège que même les sites spécialisés ratent
Beaucoup d’investisseurs croient éviter le swap en achetant « européen ». C’est faux, et voici pourquoi.
L’indice Stoxx Europe 600 contient environ 38 % d’actions britanniques et suisses. Or, depuis le Brexit, ni le Royaume-Uni ni la Suisse ne font partie de l’Espace économique européen. Un ETF Stoxx 600 en réplication physique est donc inéligible au PEA.
Résultat : le seul ETF Stoxx Europe 600 éligible au PEA est synthétique. Idem pour le MSCI Europe et le FTSE Developed Europe.
Les seuls ETF Europe physiques accessibles en PEA sont limités à la zone euro :
Croyez-vous éviter le swap en achetant européen ?
| Indice | Réplication en PEA | Ce que vous perdez |
|---|---|---|
| Euro Stoxx 50 | 🟢 Physique | UK, Suisse, Scandinavie |
| MSCI EMU | 🟢 Physique | UK, Suisse, Scandinavie |
| CAC 40 | 🟢 Physique | Toute l’Europe hors France |
| Stoxx Europe 600 | 🔴 Synthétique | — |
| MSCI Europe | 🔴 Synthétique | — |
Le choix est donc plus rude qu’annoncé : Europe large avec swap, ou zone euro sans swap en renonçant alors à Nestlé, Roche, Novartis, AstraZeneca ou Shell.
Cette confusion est si répandue que plusieurs sites spécialisés affirment, à tort, que l’ETF Stoxx 600 éligible PEA serait « en réplication physique ». Vérifiez toujours le DIC de l’émetteur : la méthode de réplication y est écrite noir sur blanc.
Le coût que personne n’a mesuré
Venons-en à la question de fond. À indice égal, un ETF synthétique performe-t-il comme un ETF physique ?
Nous avons comparé, sur le S&P 500, un ETF synthétique éligible PEA à son équivalent du même émetteur, dans la même devise, avec le même type de parts seule la contrainte PEA change.
Même émetteur, même devise, même swap — seule la contrainte PEA change
| Amundi S&P 500 Swap EUR (hors PEA) | Amundi PEA S&P 500 | |
|---|---|---|
| TER (frais affichés) | 0,15 % | 0,12 % |
| Performance 3 ans | +66,50 % | +65,42 % |
Le résultat est sans appel. L’ETF hors PEA coûte plus cher en frais (0,15 % contre 0,12 %) et performe pourtant mieux. L’écart ne vient donc pas des frais de gestion.
L’écart annualisé ressort à environ 0,3 point par an.
Où est facturé ce coût ? Nulle part
C’est le cœur de l’affaire. Ouvrons les Documents d’Information Clés (DIC), ces documents réglementaires que les émetteurs sont obligés de publier.
Où est facturé ce coût ? Nulle part.
| ETF | Frais de gestion | Coûts de transaction | Impact total |
|---|---|---|---|
| iShares S&P 500 Swap PEA | 0,10 % | 0,00 % | 0,1 % |
| Amundi PEA S&P 500 | 0,11 % | 0,00 % | 0,1 % |
| Spread de swap (SPEA) | Absent de toute ligne de frais | 0,25 % | |
Les chiffres sont cohérents avec les TER affichés. Aucune anomalie. Les émetteurs ne mentent pas sur leurs frais.
Alors où passe le 0,3 point manquant ?
La réponse est dans le DIC de BlackRock, dans un paragraphe que personne ne lit :
« L’utilisation de swaps sur rendement total non financés peut donner lieu à un spread de swap, qui correspond à l’impact économique global des swaps et est reflété dans la VNI du Fonds. »
Traduction : le coût du swap n’est pas un frais. Il n’est pas prélevé, pas facturé, n’apparaît sur aucune ligne. Il est absorbé directement dans la valeur du fonds. Il rogne la performance, en silence.
Et BlackRock publie le chiffre : 0,25 %. Un ETF affiché à 0,10 % de frais supporte donc un coût de swap deux fois et demie supérieur à ses frais annoncés.
Nos deux mesures se recoupent. L’écart de performance mesuré empiriquement (~0,3 pt/an) correspond quasi exactement au spread de swap publié par l’émetteur (0,25 %). L’hypothèse est confirmée par la source primaire.
À noter : BlackRock est le seul à publier son spread de swap. Amundi ne le mentionne pas dans son DIC. Un point de transparence à saluer et un signal sur ce que les autres taisent.
Le risque de contrepartie : réel, mais encadré
C’est l’inquiétude classique, et elle mérite une réponse honnête ni alarmiste, ni complaisante.
Le risque existe. Votre performance dépend de la solvabilité de la banque signataire du swap. Si elle fait défaut, le fonds ne détient pas les titres de l’indice : il détient un panier sans rapport et une créance.
Mais il est strictement encadré. La directive UCITS plafonne l’exposition nette au swap à 10 % de l’actif net du fonds. En pratique, les émetteurs maintiennent cette exposition bien en deçà, via des appels de marge quotidiens et un collatéral réévalué en continu. Aucun sinistre majeur n’est survenu sur un ETF UCITS.
Un point que peu relèvent : sur certains ETF, la contrepartie du swap appartient au même groupe que l’émetteur(le BNP Paribas Easy a pour contrepartie BNP Paribas SA). C’est un risque de concentration, contractuellement limité, mais qui mérite d’être connu.
Notre position : ce risque n’est pas l’argument décisif. Il est faible. Le vrai argument contre le synthétique, c’est le coût invisible de 0,3 point par an bien plus certain, et bien plus coûteux.
Quand le synthétique est indispensable
Soyons justes : le synthétique n’est pas un défaut, c’est un outil. Dans plusieurs cas, il n’existe aucune alternative.
Pour loger un indice non européen dans un PEA. S&P 500, MSCI World, Nasdaq : sans swap, ces indices sont inaccessibles depuis un PEA. C’est le montage ou rien.
Pour les indices difficiles à répliquer. Marchés émergents, matières premières, indices à des milliers de lignes : la réplication physique y serait techniquement coûteuse, voire impossible.
Pour l’Europe large. Comme nous l’avons vu, le Stoxx 600 en PEA n’existe qu’en synthétique.
Dans ces cas, le vrai choix n’est pas « synthétique ou physique » c’est « synthétique ou rien ».
Comment savoir ce que vous détenez
Étape 1 : Ouvrez le DIC. Le Document d’Information Clé de l’émetteur indique explicitement la méthode de réplication. Cherchez les mots « swap », « contrat d’échange », « IFT » ou « réplication indirecte ».
Étape 2 : Décodez le nom. Certains ETF affichent « Swap » dans leur intitulé. La mention « DR » (Direct Replication) signale au contraire une réplication physique. En l’absence de mention, ne présumez rien : vérifiez.
Étape 3 : Cherchez le spread de swap. S’il est synthétique, demandez à l’émetteur son spread de swap moyen pondéré. BlackRock le publie. Si votre émetteur ne le communique pas, vous savez désormais quelle question poser.
Un ETF synthétique n’est ni bon ni mauvais. C’est un montage contractuel qui a un prix et ce prix, contrairement au TER, personne ne vous le montre. Notre analyse détaillée du cas américain : investir en S&P 500 dans son PEA.
Sources & méthodologie
- DIC iShares S&P 500 Swap PEA (IE000DQLYVB9) — BlackRock Asset Management Ireland, 09/04/2026. Spread de swap moyen pondéré publié sur blackrock.com.
- DIC Amundi PEA S&P 500 UCITS ETF (FR0011871128) — Amundi Asset Management, 12/06/2026.
- Performances comparées — justETF.com, relevés au 11/07/2026. En EUR, dividendes inclus.
- Composition du STOXX Europe 600 — STOXX Ltd. Part britannique et suisse : environ 38 % de l’indice.
- Cadre réglementaire — Directive UCITS (exposition au swap plafonnée à 10 % de l’actif net) ; article L. 221-31 du Code monétaire et financier (règle des 75 % d’actifs EEE pour le PEA).
- Méthode — La comparaison isole la contrainte PEA en confrontant deux ETF du même émetteur, même devise, même type de parts et même structure de réplication. L’écart est mesuré sur 3 ans, une période courte : il peut évoluer.
